Pourquoi faut-il ménager son beau-frère ?

Notaire family office Lille Métropole
3 février 2025
Dans L’inexploré (éditions Wildproject, 2023, § 434), Baptiste Morizot formule quelques observations méconnues sur le sujet sensible du beau-frère :

[Les animistes amérindiens] « possèdent des modèles de relations sociales élaborés qui sont construits sur des structures de parenté complexes, le clanisme, les affiliations, le fédéralisme. Ce sont ces formes sociales qui vont être retrouvées avec les non-humains. Cela leur permet de penser conjointement l’altérité et la mêmeté, l’inimitié et l’intimité.

Par exemple, le singe laineux est pensé comme beau-frère chez les Achuar. Cette homologie qui peut sembler incongrue pour un moderne est en fait d’une extrême élégance, et elle permet de restituer au singe laineux son statut ambigu, qui stabilise des relations ajustées envers lui : il est un allié chatouilleux qui risque toujours potentiellement de devenir un ennemi. Un proche qui peut toujours briser l’alliance avec nous, mais dont on a besoin, avec qui l’on est voué à partager le territoire. C’est l’essence du beau-frère dans ces formes matrimoniales d’exogamie où la fiancée est accueillie par le clan de son mari : par alliance, le beau-frère est dans la famille – on ne l’a pas vraiment choisi mais on cohabite avec, on a besoin de ses faveurs, et il risque toujours de se retourner contre nous si l’on ne respecte pas 'sa famille d’origine'. »

Comparaison n’est pas raison. Malgré la finesse de cette description, il serait hasardeux de s’en inspirer directement pour relire nos relations familiales et d’alliance : chez ces Amérindiens, « le cannibalisme et la prédation sont des relations sociopolitiques : les singes laineux y sont des beaux-frères et des proies, et il n’est pas inconcevable de manger des beaux-frères. »

Il faut cependant admettre qu'il n'est pas rare que les notaires aient à faire face à des propositions peu amènes envers « les pièces rapportées ». Au point parfois de s'en trouver interloqués lorsqu’ils connaissent les deux familles alliées et entretiennent avec chacune d’elles les relations les plus paisibles : pourquoi donc dans de telles conditions ces suspicions symétriques ?

Un client m’a mis sur une piste : nos enfants sont certes différents mais sortent du même moule ; tandis que nos beaux-enfants sont nettement plus divers et ont des histoires personnelles dissemblables. Par suite, ce qui semble aller de soi dans la famille pourra nécessiter des explications dans les belles familles, ajustées à chacune d'elles. 

D’où parfois ce paradoxe : lorsque l’alliance intervient entre deux familles sociologiquement très proches, une vive mésentente peut surgir alors qu’on ne s’y attendait guère. Simplement la proximité apparente a laissé croire que l’on pouvait supprimer les explications alors qu’il fallait en ménager certaines ou accepter de descendre à ce niveau de détail que fait surgir la proximité. Si vus de Chine les français sont fort semblables, vus de plus près, les Roubaisiens et les Tourquennois… 

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