Bien entendu, cette perception immédiate ne doit pas masquer les subtilités du métier. La qualité de la farine, le travail de la pâte, le choix du levain – la composition et l’épaisseur du joint, l’appareillage des briques, les contraintes du fil à plomb – sont les données d’un savoir-faire qui suppose apprentissage et coup d’œil. Mais l’enfant pourra vite se sentir boulanger ou maçon en cuisant un premier pain, en jouant au Lego.
Pour un notaire, l’explication à fournir à son rejeton est plus laborieuse. Certes, le travail consiste à recevoir des clients dans un bureau, à gratter du papier ou à maîtriser la bureautique, à « faire du droit ». Mais le contrat, l’authenticité, l’ajustement rédactionnel sont des notions abstraites, difficiles à faire voir.
Un passage par le Musée de l’illusion de Lille m’a cependant donné l’idée d’une définition plus offensive du métier de notaire : chasseur d’illusion.
Y était en effet exposé un carré composé de lignes comprenant chacune alternativement des cases noires et des cases blanches de mêmes dimensions. Simplement, les cases noires ou blanches sont légèrement décalées d’une ligne à l’autre. L’effet d’ensemble est saisissant : on a vigoureusement l’impression que toutes ces cases naviguent sur une mer agitée.
Pourtant, le suivi de chaque ligne par un œil attentif permet de vaincre l’effet d’optique pour retrouver la vérité physique du dessin : toutes ces lignes de cases sont strictement et paisiblement parallèles.
Eureka ! je tenais mon explication par l’image du métier de notaire.
Face à des textes volumineux dont chaque ligne peut cacher un piège, le notaire s’astreint à une lecture ou une écriture précises, ligne par ligne. C’est cette discipline méticuleuse qui permet à ses clients d’apprécier la portée effective du texte qui va les engager, d’en saisir non pas l’apparence mais le sens authentique.
Avec cette image, les enfants ne diront certes pas que ce métier est facile. Mais ils en percevront l’utilité.